Drame/Thriller

Martine Colas

152 pages

Format : 140/205

15 €

Isbn : 978-2-9601560-4-1

Extrait : UN MARI DE TROP

de Martine Colas

1

LUCIE

 

      Laurence arrive enfin rue Amyot, dans le 5e arrondissement de Paris. Elle s’arrête à hauteur du numéro 8, une façade blanche aux volets en bois blanc, quatre étages, une double porte rouge surplombée de rosaces en pierre, c’est bien là. Cela correspond tout à fait à la description que la propriétaire, Madame Lucie Bravet, a faite au téléphone.

       Sur la sonnette, le nom BRAVET en imprimé est à peine lisible. Laurence appuie sur le bouton.

       – Oui ?

       – Bonjour Madame Bravet, c’est Laurence Duroy.

       – Montez au troisième étage, porte de droite. Je vous attendais.

       Le portail en bois s’ouvre. 

     À l’étage, Laurence remarque la porte entr’ouverte, elle s’avance lorsqu’elle entend une petite voix fluette.

      – Entrez, Madame Duroy, je suis dans le salon.

  Laurence s’introduit lentement, impressionnée, dans l’appartement chargé en décorations anciennes, probablement chinées aux puces et découvertes chez quelques antiquaires. L’entrée est toute petite, le portemanteau est rempli de vestes qui se chevauchent. Elle trébuche sur des bottillons bruns et entre avec fracas dans le salon.

      –  Excusez-moi, madame, je…

      –  Oui oui, je dois ranger, mais voyez-vous je n’ai pas beaucoup de temps pour le faire. Asseyez-vous et mettez-vous à l'aise.

    La dame accompagne sa parole d'un geste aimable de la main. Elle lui montre le fauteuil en cuir rouge devant elle.

     Des livres jonchent le sol partout où elle regarde. Elle s’assied et dépose son sac à ses pieds. Deux gros chats persans gris dorment l’un contre l’autre dans le divan à côté. Une quantité impressionnante de bibelots ne donnent plus aucun espoir d’apercevoir les tablettes en marbre des hautes fenêtres de l’appartement. La couleur des murs est à refaire, les moquettes sont à changer ou à nettoyer. Des plaids tapissent le grand canapé brun et les quelques meubles sont garnis de toutes sortes de petites décorations en fer forgé ou en bois. La table basse croule sous les hebdomadaires et magazines de couture et de tricot, un cendrier rempli de mégots diffuse une odeur nauséabonde de tabac froid et quelques canettes de soda, probablement vides, terminent la visite visuelle de Laurence.

     Soudain, un petit oiseau en bois sort de sa boîte et pousse un « coucou » strident qui fait frissonner de stupeur Laurence. Elle sursaute et lâche sa clé de voiture qu’elle avait gardée en main.

     – Alors, Laurence, je peux vous appeler Laurence, n’est-ce pas ? Que puis-je faire pour vous ?

     – Oui bien sûr, Madame Bravet. Voilà, comme je vous l’ai dit par téléphone la semaine dernière, j’ai une amie qui a vécu une histoire plutôt… comment dire… incroyable.

     – Oui effectivement, vous me l’avez dit. Nous avons tous une histoire extraordinaire à raconter.

     – Je pense que celle-ci devrait être publiée.

     – Pourquoi pensez-vous cela ?

     – Parce qu’elle est particulièrement… spéciale. Je vous propose de rencontrer mon amie, de l’écouter une dizaine de minutes, et vous pourrez juger de la qualité de son récit. Je vous assure que cela en vaut la peine.

     – Elle habite où votre amie ?

     – À Wissant, sur la Côte d’Opale. Elle vit dans une maison au bord de la plage.

     – Racontez-moi en gros son histoire, avant que je ne me déplace. Que je sache au moins ce qu’elle a d’extraordinaire.

     – Oh, vous savez, Roxane est une fille très bien, douce, gentille. Elle est née dans une famille dont elle ne connaît plus rien, car ses parents ont

trouvé la mort dans un accident de la route. C’était la seule survivante. Elle avait été placée dans un orphelinat lorsqu’elle avait trois ans. Elle ne se souvient pas de cette période. Tout ce qu’elle sait d’elle, c’est ce que lui avait raconté l’éducateur. Son histoire, c’est surtout ce qu’elle a vécu après, avec Lucas, son mari.

     – Mouais. Et qui vous dit que sa vie peut m’intéresser ?

     – S’il vous plaît, faites-moi confiance, Madame Bravet, j’ai fait tout ce chemin pour venir vous voir, car je sais que vous êtes la bonne personne qui peut retranscrire son vécu. J’ai lu pas mal de vos œuvres et Roxane entre tout à fait dans vos critères de romans policiers !

     – Ah ! Ce serait un policier ?

     – Enfin, surtout un… thriller, je dirais.

     – Un thriller… hum hum… Ouais, donnez-moi son adresse, je vais prendre contact avec elle.

     – Merci Madame Bravet, merci, vous verrez, vous ne le regretterez pas !

     – Je l’espère bien !